Nous sommes de plus en plus nombreux à nous préoccuper de l’impact de nos vêtements ou articles en tissu sur l’environnement. Dans cette jungle de textiles, il peut sembler difficile de reconnaître les fibres écofriendly et celles qu’il est préférable d’éviter. Comment sont fabriqués les tissus en bambou, chanvre ou lyocell ? Naturel, artificiel ou synthétique ? Voici un récapitulatif qui tente d’éclaircir ces questions et de permettre de faire ses choix en étant informé.

Les fibres naturelles végétales

Elles sont issues de matières brutes naturelles, sans avoir besoin d’être transformées.

Le coton

On distingue deux types de coton : conventionnel et biologique.

Le coton conventionnel, bien qu’il soit d’origine naturelle, n’est pas écologique. Il est cultivé dans des régions chaudes et sèches, ce qui le rend très gourmand en eau : pour 1 kg de coton, plus de 20’000 l d’eau peuvent être utilisés. Sa culture est réalisée à 80 % à partir de graines OGM. Ces semences génétiquement modifiées permettent un meilleur rendement et une plus faible utilisation de produits chimiques, mais elles coutent chères. Les paysans s’endettent, jusqu’à ne plus voir que le suicide comme solution. Depuis 1995, près de 300’000 cultivateurs de coton en Inde se sont donnés la mort.

La culture demande également de nombreux engrais et produits phytosanitaires. À lui seul, le coton utilise 10 % des pesticides et 25 % des insecticides de la consommation globale. Les agriculteurs et producteurs sont exposés à des substances nocives qui impactent leurs santés. Selon les experts de l’ONU, 200’000 personnes meurent chaque année de maladies dues à l’exposition à ces produits chimiques.

Cela ne s’arrête pas là : 60 % du poids du coton récolté est en fait composé de graines qui servent à la création d’aliments pour les animaux de rentes. Les pesticides utilisés finissent donc par affecter les insectes utiles et d’autres animaux. Lorsque le coton, en plus des produits chimiques utilisés, est cultivé seul et en continu sur la même parcelle, la qualité des sols se détériore, les rendements diminuent et on observe des problèmes d’érosion. Les pays du Sud sont les plus exposés aux changements climatiques. 

Étant donné que la quasi-totalité des producteurs se trouve dans des pays en voie de développement, il y a beaucoup de lacunes en matière de normes de travail et de sécurité. Les conditions de travail sont dures et les salaires ridicules. Le travail forcé des enfants est très répandu à toutes les étapes de la transformation du coton.

Le coton biologique est cultivé sans produits phytosanitaires de synthèse et à partir de graines non OGM. La culture nécessite jusqu’à 70 % d’eau en moins que le conventionnel. Elle doit être réalisée en rotation avec d’autres cultures pour maintenir l’équilibre et la fertilité des sols. Des pesticides naturels peuvent être utilisés, mais comme certains peuvent également affecter les insectes utiles, ils ne doivent être employés qu’en cas de nécessité. Certains labels garantissent des conditions de travail responsables.

Moins de 1 % de la production mondiale de coton est biologique. Les cultures les plus proches de chez nous sont en Turquie.

Le chanvre

Le textile de chanvre est sûrement le plus écologique. La culture du cannabis sativa nécessite peu voire pas du tout d’eau, car les racines de la plante lui permettent de puiser l’eau profondément. Elle n’a pas besoin de produits phytosanitaires, puisqu’elle est naturellement antibactérienne et antifongique. Elle peut être cultivée plusieurs années consécutives au même endroit sans épuiser les sols. Le chanvre pousse facilement eu Europe, ce qui en fait un produit local. C’est à partir de la tige que le textile est fabriqué. De plus, faire pousser du chanvre permet l’entretien des sols et un grand captage de CO2 atmosphérique.

Le lin

Le lin est très semblable au chanvre. La culture est principalement faite en Europe de l’Ouest dans un climat océanique et humide. La plante pousse dans des sols pauvres, nécessite peu d’eau et possède un grand potentiel d’absorption du carbone. Elle permettrait parfois de revitaliser les sols dégradés et pollués. C’est un matériau durable. Toutefois, il faut veiller à ce que les plantes aient été traitées en Europe également, car dans beaucoup de cas, elles sont exportées en Asie d’où elles reviennent transformées en tissu.

Le caoutchouc naturel

Lorsqu’il est naturel, le caoutchouc est très écologique, biodégradable et recyclable. Il est fabriqué à partir du latex d’hévéa, qui se récolte dans le respect des arbres et leur donne de la valeur, les protégeant ainsi des coupes. Le caoutchouc peut porter le label FSC® pour certifier que les forêts sont gérées durablement, ainsi qu’un label garantissant des meilleurs conditions de travail aux producteurs, la Fair Rubber Association. En effet, la forte demande en caoutchouc naturel engendre actuellement une déforestation massive dans les régions d’Asie du Sud.

Le liège

Bien connu sous sa forme de bouchon pour les bouteilles de vin, le textile de liège est de plus en plus répandu. Le chêne-liège pousse tout autour de la Méditerranée. Les forêts de chênes-lièges sont qualifiées de puits de carbones et chaque année, elles absorbent 14 millions de tonnes de CO2. Le Portugal est le plus grand pays producteur de liège, couvrant 60 % de la demande globale.

L’écorce est directement récoltée sur le tronc, une fois tous les 9 ans, pour laisser le temps à l’arbre de régénérer sa nouvelle écorce. Le premier « démasclage » demande beaucoup de patience, car il faut que le chêne-liège ait atteint l’âge de 25 ans. Les écorces de liège sont empilées et séchées au soleil. Le seul traitement requis pour les planches de liège est un passage dans un bain d’eau bouillante. Cette phase permet de neutraliser les champignons et bactéries. Une fois séché, le liège peut être coupé en lamelles puis utilisé.

Fait intéressant : la NASA a recours au liège comme isolant thermique et acoustique, ainsi que pour certaines pièces de fusées et appareils aérospatiaux.

Tapis et brique de yoga, porte-monnaie en liège

La toile de jute

C’est l’écorce de l’arbre à jute qui est utilisée pour la confection de textiles. La culture des végétaux se fait dans des régions humides et ne demande pas de produits chimiques. Pour 1 kg de jute, 125 fois moins d’eau sont nécessaire par rapport à la même quantité de coton. La culture de l’arbre à jute se fait en rotation avec d’autres cultures. Les processus de filature et tissage n’utilisent pas de produits chimiques, car ils se font à sec, la fibre est brute. Elle est réalisée à 90 % en Inde et au Bangladesh, ce qui permet à 20 millions de personnes de vivre. Le label World Fair Trade Organization garantit que des coopératives de paysans et producteurs gagnent des salaires corrects et constants, que des normes de sécurité soient appliquées et que la dignité des personnes humaines soit respectée. La toile de jute est un tissu écologique, naturel et biodégradable.

Sac à pommes de terre en jute

Les fibres naturelles animales

Ces fibres posent souvent des problèmes et questionnements éthiques sur le bien-être animal. Ce ne sont pas forcément que des poils ni des sous-produits d’autres industries.

La laine

La laine n’est pas si écologique qu’on pourrait le croire. C’est en Chine et en Australie que se trouve la majorité des élevages de moutons. Les bêtes ont besoin de pâturages pour paître. L’élevage en constante augmentation, ne laisse pas le temps à la végétation de repousser, entraînant une désertification des terres et l’érosion des sols. Les moutons rejettent du méthane (un gaz à effet de serre bien plus impactant que le CO2) et causant la pollution des cours d’eau et des nappes phréatiques. Les éleveurs ont souvent recours à des traitements antiparasitaires toxiques pour l’environnement et se retrouvent dans les vêtements.

Le bien-être des animaux est également préoccupant. Le mulesing est pratique courante : elle consiste à retirer des bandes de peau sur le postérieur du mouton, sans obligation d’anesthésie. La raison ? Ce geste vise à prévenir des infections dues à la myase, une mouche qui pond ses œufs dans des replis de peaux, permettant aux larves de se nourrir de la chair. Le procédé et la cicatrisation sont douloureux. D’autres actes comme la castration des mâles ou la coupe de la queue sont pratiquées, la plupart du temps à vif. Enfin, la tonte. Ce geste, qui paraît pourtant sans cruauté, occasionne souffrance et traumatisme. La totalité du troupeau est tondu à la même période et régulièrement. En raison du nombre important d’animaux, la tonte doit se faire rapidement, les gestes brusques provoquent alors des blessures qui ne sont pas soignées. Des violences leur sont souvent infligées pour qu’ils cessent de bêler et les tenir “tranquille”, à cause de l’agitation due au stress et à la peur.

Certaines laines sont certifiées RWS, qui dit garantir des pratiques respectueuses des animaux et de l’environnement, ou GOTS, un label certifiant des fibres biologiques. Mais l’impact environnemental de l’élevage reste significatif.

Le cachemire

La récolte des poils se fait principalement par tonte. Les chèvres cachemire sont alors plus vulnérables au froid et aux maladies. Les élevages se trouvent à plus de 80 % en Chine et en Mongolie. Les troupeaux, qui arrachent l’herbe et ses racines en se nourrissant, entraînent la désertification des sols et réduisent les espaces vitaux d’espèces menacées comme le léopard des neiges. En Mongolie, 90 % de la surface du pays est en danger de désertification à cause de l’élevage de chèvres.

Troupeau de chèvres cachemire, Stuart Ansee

L’alpaga et le mohair

On trouve des élevages d’alpagas un peu partout et notamment en France. Ces camélidés produisent beaucoup de laine. Ils n’entraînent pas de problème de désertification des terres. La chèvre Angora est élevée pour sa laine, le mohair. Il y a des élevages en France. Cependant, pour ces deux laines, il faut rester vigilant quant à la condition de vie des animaux. Les soucis environnementaux tels que le rejet de gaz à effet de serre (GES) et de pollution des eaux sont aussi valables ici.

Le cuir

Le cuir ne sera jamais une matière respectueuse des animaux, mais elle peut être plus ou moins durable. La peau peut provenir des sous-produits de l’industrie de la viande, pourtant des animaux peuvent aussi être élevés pour cela. Une des étapes de sa fabrication reste problématique : le tannage. Il s’agit du traitement qui permet à la peau d’être transformée en cuir. Ce procédé nécessite de nombreux produits chimiques, notamment du chrome (utilisé dans 80 % des cas). Ces substances sont nocives pour les personnes qui les emploient et sont souvent rejetés dans les cours d’eaux avoisinant, polluant par la suite les mers et océans. Certains cuirs sont tannés sans chrome mais avec des produits tout aussi toxiques (les aldéhydes), ou avec des écorces et des plantes. Cependant, même si le chrome est remplacé par un composant végétal, d’autres produits chimiques seront tout de même utilisés. L’impact écologique des différentes formes de tannage reste proche.

Les cuirs exotiques sont majoritairement issus de fermes d’élevage, mais il reste encore un trafic illégal d’espèces menacées. Les géants du luxe tels que le groupe LVMH ou Hermès, possèdent des fermes d’élevage d’animaux, comme les crocodiles. Ces fermes sont des lieux infâmes où les animaux sont élevés dans des conditions déplorables. La mise à mort des animaux est une torture, je vous passe les détails. La traçabilité du cuir pose souvent problème : il y a des lacunes qui ne permettent pas de remonter en amont de la production. Le cuir peut provenir de n’importe quel animal (chien, chat, vache, …).

Les cuirs « vegan », qui semblent être une solution au premier abord, ne le sont pas tant que ça. Bien sûr, ils évitent la souffrance animale, mais les différents cuirs synthétiques sont souvent fabriqués à partir de plastique.

La soie 

Les vers à soie tissent des cocons afin de se métamorphoser en papillon de nuit en l’espace de 3 semaines. Afin de sortir de sa chrysalide, l’insecte sécrète une substance pour ramollir la coque. Pour conserver la totalité des cocons, les insectes sont éliminés dans des bains d’eau bouillante ou exposés à des sources de forte chaleur. Ces petites bêtes sont des êtres sensibles et cette production engendre des souffrances horribles. Pour produire 1 kg de soie, il faut 10 kg de cocons ! C’est-à-dire plus de 12’000 vers. Les plus gros pays producteurs de soie sont la Chine et l’Inde, ce qui pose des questions éthiques sur les conditions de travail.

Certaines soies nommées « Peace Silk » laissent le temps au papillon de quitter son cocon avant qu’il ne soit ébouillanté. Pourtant, aucune certification ne garantit que les insectes sont bien sortis en vie.

La fourrure, l’Angora et le duvet

La fourrure peut provenir d’animaux sauvages, capturés à l’aide de pièges, les retenant parfois plusieurs jours avant qu’ils ne soient récupérés et occasionnant des blessures très douloureuses. Cependant, 85 % de la fourrure vendue dans le monde provient d’élevages de visons, de renards, d’hermines ou encore de ratons laveurs. Sa production demande beaucoup d’énergie et des produits chimiques, polluant les eaux à proximité. Que les animaux soient élevés en Chine ou en Europe, les normes en matière d’élevage et de bien-être animal sont inadaptées ou ne sont pas suivies. Les conditions de détention sont insalubres, les animaux vivent à même un grillage, montrant des signes de stress comme l’automutilation ou le cannibalisme.

Un vison montrant le signe d’automutilation sur la queue, photo prise dans un élevage de Vendée par l’association L214. Les élevages de visons pour leur fourrure sont à présent interdits en France.

Le lapin Angora est élevé pour ses poils. La Chine fournit 90 % de la production mondiale d’Angora. Les lapins sont dépilés à vif, sur des cycles d’environ 12 semaines. Cette pratique provoque des douleurs aiguës. Ils vivent dans des cages et des environnements inadéquats. Plusieurs associations de défense des animaux dénoncent la méthode de production de l’Angora. En France et en Europe, des pratiques se veulent plus respectueuses en utilisant des fourrages spécifiques, permettant de déclencher une mue et rendre la dépilation plus facile et sans douleur. Il faut toutefois rester vigilant.

Le duvet n’est que rarement un sous-produit de l’industrie de la viande. Des élevages d’oies et de canards pratiquent l’arrachage de plumes à vif, sur une fréquence d’une fois tous les 3 mois. C’est un acte de torture qui occasionne des blessures et des souffrances. Même si certains duvets sont mentionnés sans cruauté, il est sans doute plus responsable de chercher des alternatives.

Les matières artificielles

La particularité des fibres artificielles est qu’elles sont obtenues à partir de pulpes végétales suite à un traitement chimique. Cela peut se faire en circuit dit « fermé » pour recycler l’eau et ainsi éviter une pollution des eaux usées.

La viscose

La viscose est obtenue à partir de pâte de celluloses végétales, de bois, de bambou ou même de coton. La transformation des végétaux en textile se fait par traitement à l’aide de puissants solvants chimiques. Pour extraire la cellulose des plantes, un mélange de sulfate de soude et d’acide citrique est ajouté aux fibres naturelles. Du disulfure de carbone complète la préparation ce qui permet de créer une pâte végétale qui pourra être tissée. Le disulfure de carbone est un composant chimique non recyclable, toxique et causant une pollution de l’air. Dans la plupart des fabriques, ces produits ne sont pas utilisés en circuits fermés et finissent donc rejetés dans les eaux usées. Ils sont dangereux pour la santé des fabricants, mais également pour celle des consommateurs qui portent et emploient le tissu.

Le modal

C’est un tissu semblable et suivant le même schéma que la viscose. Il est fabriqué à partir de bois de hêtres et nécessite des substances toxiques et nocives pour l’environnement et l’homme. Les solvants sont cependant récupérés et recyclés jusqu’à 95 %. La société Lenzing possède le Lenzing Modal®, un textile à base de bois PEFC® et utilisant des blanchiments écologiques.

Le lyocell (ou Tencel®) 

Le lyocell est un tissu durable et biodégradable, fabriqué à partir de pulpes de bois, majoritairement l’eucalyptus. La plante pousse rapidement sans besoin d’engrais, de pesticides, ou d’irrigation. Le bois provient généralement de forêts gérées durablement et portant des labels tels que FSC® ou PEFC®. C’est une alternative écologique à la viscose et au modal, car le procédé n’utilise que des solvants organiques recyclables et non inflammables. Les solvants sont récupérés à 99.5 % dans un circuit quasi fermé.

Le Tencel® est un lyocell, commercialisé par l’entreprise Lenzing AG, et fabriqué à partir de pulpes d’eucalyptus.

Le Ioncell®

Cette nouvelle technologie devrait voir le jour prochainement. Le procédé vise à transformer les tissus usagés, la pâte à papier ou encore les déchets papier en textiles, en traitant la cellulose des fibres. Le processus utilise un solvant non inflammable appelé liquide ionique, qui peut être récupéré et réutilisé. Cette nouvelle manière de procéder pourrait révolutionner la manière dont le textile est fabriqué.

Processus de farbication, Ioncell®

La fibre d’ananas

Piñatex® est un textile qui ressemble au cuir, mais fabriqué à partir de déchets de fibres de feuilles d’ananas et de PLA (acide polylactique), un plastique à base d’amidon de maïs. La production se trouve aux Philippines, d’où sont ensuite expédiés les textiles par bateau vers l’Espagne et l’Italie pour des finitions. Ce matériau permet de valoriser plus de 825 tonnes de déchets qui auraient fini brûlées. Cependant, les conditions de travail des cultivateurs d’ananas ne garantissent pas forcément qu’elles soient éthiques par manque de vérifications. Le Piñatex n’est pas biodégradable à 100 %, c’est pourquoi il doit être traité dans des conditions industrielles contrôlées.

Piñatex®

La fibre d’orange 

Les entreprises Lenzing et Orange Fiber se sont associées pour créer les premiers textiles à base de pulpe de bois et d’écorces d’orange ! C’est un tissu innovant, permettant la valorisation de déchets alimentaires. Le procédé est le même que celui du Tencel® et est donc très durable.

Zoom sur le bambou

Généralement vendue comme textile écologique, la fibre de bambou l’est seulement en partie. Le bambou est une plante qui pousse rapidement et facilement sans engrais ni pesticides. Mais pour transformer la plante en tissu, le procédé est lourd pour l’environnement et la santé. Le bambou doit d’abord être transformé en viscose de bambou, il doit alors être traité avec de puissants solvants chimiques. Réduit en poudre, le bois est ensuite dissous dans de la soude caustique pour extraire de la viscose de la cellulose. La dernière étape consiste à l’extruder dans une solution de sulfate de soude et d’acide sulfurique, avant de pouvoir être reconditionnée en fibres de bambou. Pour extraire la cellulose, le même procédé que pour la viscose est appliqué.

Deux autres problèmes apparaissent pour la fabrication du tissu. Premièrement, la culture du bambou se fait majoritairement de manière industrielle et engendre souvent de la déforestation, qui met en danger les écosystèmes et espèces dans les zones cultivées. Et deuxièmement, la quantité nécessaire pour la production de seulement 400 gr de fibres textiles est de 1 kg de bambou. Cela implique donc une surexploitation du bois.

Le tissu de bambou est un parfait exemple de greenwashing ! Même si les fabricants tendent à une favorisation du recyclage des solvants et une meilleure gestion des écosystèmes, ce textile est loin d’être éco responsable.

Les matières synthétiques

Obtenues à partir de matières dérivées du pétrole, les fibres synthétiques ont recours à des processus de fabrication polluants, ne sont pas biodégradables et se recyclent difficilement. La production demande beaucoup d’énergie. Elles incluent le polyester (Alcantara), le polyamide (nylon), le polyuréthane (élasthanne, Lycra), l’acrylique, le PFC, le caoutchouc synthétique. Elles sont toutes réalisées à base de procédés chimiques, utilisant des produits toxiques, irritants dans des circuits où les eaux usées sont souillées. Le PFC (polytétrafluoroéthylène) est même classé comme perturbateur endocrinien et cancérigène. Ces tissus rejettent des microparticules de plastique lors de chaque lavage.

La fibre recyclée de PET, notée comme rPet, semble être une solution face à tous les autres tissus synthétiques. Le polyester recyclé écoresponsable comprend un approvisionnement local des déchets et un processus de transformation certifié Oeko-Tex. Il faut toutefois rester prudent : limiter les lavages en machine, privilégier les basses températures et utiliser un filet de lavage capable de capter les particules de plastique.

Tissu en PET recyclé

Filet de lavage Guppyfriend

Les labels

Plusieurs organisations s’occupent des certifications en matière de culture biologique, de commerce équitable et de toxicité des tissus. Tous sont à prendre avec attention, car dans beaucoup de cas, les réglementations et les moyens de vérifications ne sont pas assez sérieux. De plus, il peut être compliqué pour les plus petits d’obtenir une certification, car en soi, c’est aussi devenu un business.

Cependant, je conseillerais tout de même deux certifications :

Le label GOTS (Global Organic Textile Standard) est le label le plus poussé et une référence dans le monde du textile. Il n’a pas seulement des exigences environnementales, mais également sociales. Il certifie l’origine biologique des textiles et garantit qu’à toutes les étapes de production, de la culture à la confection d’un produit, des normes socialement responsables et respectueuses de l’environnement sont appliquées.

Pour qu’un article puisse porte le label GOTS biologique, il faut au minimum que 95 % du tissu soit biologique. Pour porter l’étiquette « composée de fibres biologiques », c’est au minimum 70 % de fibres biologiques. Des conditions de travail et des salaires décents doivent être accordés. Les teintures utilisées sont écologiques et le blanchiment à l’aide de métaux lourds est interdit. 

Selon l’organisation Public Eye, le label GOTS connaît des manquements au niveau des critères sociaux. Elle déplore que les audits soient insuffisants pour une vérification crédible du bon respect des réglementations. Il faudrait rendre la participation de syndicats locaux plus présente. De plus, le label ne demanderait pas de créer des solutions pour remédier aux salaires trop bas, mais seulement aux entreprises de noter la différence entre le salaire versé et le salaire vital.

Le label Oeko-tex Standard 100 garanti que le tissu est sans danger pour la santé humaine, mais ne garantit pas qu’il soit biologique. Pour obtenir ce label, chaque composant de l’article doit être testé et approuvé comme non-toxique. Fil, bouton, fermeture éclair, tissu … tout doit y passer. Lors des tests, de nombreuses substances réglementées et non réglementés sont prises en compte. Ce label est donc très utile pour les tissus à base de fibres synthétiques recyclées.

Différents groupes s’occupent de l’inspection et la certification biologique et/ou éthique de produits, comme Control Union Certifications ou FLOCERT. Ici encore, selon Public Eye, les contrôles sont insuffisants.

Comment adopter des gestes responsables ?

Clean Clothes Campaign nous rappelle qu’il ne suffit pas simplement de choisir le bon magasin ou le bon vêtement, mais qu’il est primordial de repenser notre manière de consommer, de la matière achetée à la fréquence. Un vêtement devrait être utilisé au maximum avant d’être jeté et des solutions comme les friperies, le troc, l’upcycling soient plus valorisées. Si l’achat est finalement la seule possibilité, il faut se renseigner et opter pour des vêtements composés de fibres écologiques et si possible de fibres recyclées, quelles qu’elles soient.

Les produits fabriqués avec du tissu écologique et/ou éthique coûtent plus cher. Mais par rapport à quoi ? Si nous nous basons sur les prix d’une marque de fast fashion, dont les vêtements sont réalisés avec du tissu qui a engendré pollution et danger pour la santé des travailleurs recevant des salaires de misère, il ne devrait pas y avoir de comparaisons hâtives avec des mêmes articles biologiques et éthiques. Le coût environnemental et humain des produits à bas prix n’est pas assez pris en compte et nous l’oublions bien souvent. La pression de l’opinion publique, le boycott et le travail des diverses associations qui visent à mettre en lumière les problèmes dans l’industrie du textile permettent le changement de certaines entreprises. Face aux enseignes encore trompeuses qui manquent de transparence, à nous, consommateurs, d’être vigilants et de restés informés le mieux possible.

Sources (et pour aller plus loin)

 

Arte – Les pouvoirs du chanvre – https://www.youtube.com/watch?v=qAhW0uyqxy4

Sustain Your Style – Revue des matières – https://fr.sustainyourstyle.org/en/fibers-eco-review

WeDressFair – https://www.wedressfair.fr/matieres/jute

BOF – «  Solving the Cashmere Crisis » – https://www.businessoffashion.com/articles/sustainability/solving-the-cashmere-crisis/

Piñatex – « About us » – https://www.ananas-anam.com/about-us/

Carbiolice – « PLA » – https://www.carbiolice.com/blog/pla-bioplastique/

Lyocell – Site officiel – https://lyocell.info/fr/

ECOTEXTILES – « Chrome-Free leather ? » – https://oecotextiles.blog/2013/03/06/chrome-free-leather/

RTS – « Des crocodiles à sacs de luxe, ces élevages décriés en Australie » – https://www.rts.ch/info/monde/12028836-de-crocodiles-a-sacs-de-luxe-ces-elevages-decries-en-australie.html

PETA France –  https://www.petafrance.com/actualites/hermes-et-louis-vuitton-sont-ils-derriere-ce-projet-delevage-intensif-de-crocodiles/

SwissVeg – « Le cuir fourrure sans poils ? » – https://www.swissveg.ch/cuir_fourrure_sans_poils?language=fr

Quatre pattes – « La vérité sur la fourrure » – https://www.quatre-pattes.ch/campagnes-themes/themes/fourrure/la-verite-sur-la-fourrure

Fondation Brigitte Bardot – « Canada Goose utilisera uniquement de la fourrure récupérée d’ici 2022 » – https://www.fondationbrigittebardot.fr/canada-goose-fourrure-recyclee-2022/

« Angora et mohair » – https://bourgognefranchecomte.chambres-agriculture.fr/fileadmin/user_upload/National/FAL_commun/publications/Bourgogne-Franche-Comte/CDA89/Diversification/Animaux/370-angora-et-mohair2019_1_.pdf

L214 – https://www.l214.com/enquetes/2018/fourrure/visons/#inspection

Stuart Ansee – https://static1.squarespace.com/static/592b91a103596ef1897aea55/t/5ac1717603ce648731c4561a/1522626968610/Sustainable+Cashmere+Project+facts+at+a+glance+Final+140318.pdf

Campagn Clean Clothes – https://cleanclothes-org.translate.goog/?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc

GOTS – Standar and manual GOTS – https://global-standard.org/images/resource-library/documents/standard-and-manual/GOTS_Implementation_Manual_5.0_Francais.pdf

Public Eye – Guide des labels – https://www.publiceye.ch/fileadmin/doc/Mode/2017_PublicEye_Guide_des_labels_FR_Flyer.pdf

Ioncell – https://ioncell.fi/

Tencel – https://www.tencel.com/about

Bag-Affair – « Comment transformer le liège en tissu ? » – https://www.bag-affair.fr/comment-transformer-le-liege-en-tissu/

Visit Portugal – https://www.visitportugal.com/fr/content/le-liege#:~:text=Le%20Portugal%20est%20le%20principal,sub%C3%A9raies%20dans%20le%20monde%20entier.

Orange Fiber – Site officiel – https://orangefiber.it/process/